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Vers une justice climatique et sociale ?

Mumbai

La semaine dernière a été marquée par l’annonce d’engagements forts dans le domaine climatique de la part de leaders internationaux. Tandis que le président américain Joe Biden a promis de diminuer de moitié les émissions de GES des États-Unis par rapport à 2005 d’ici 2030, la Commission européenne s’est félicitée d’un accord « historique » sur la loi sur le climat. Celle-ci devrait consacrer l’engagement de l’UE à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050.

Si ces objectifs sont ambitieux, il est regrettable de constater l’absence de visibilité sur les plans d’actions et les mesures concrètes pour les atteindre. Surtout, les efforts affichés ne semblent pas s’inscrire dans une stratégie globale et systématique de lutte contre l’injustice sociale et les inégalités.

Pourtant, le lien entre le dérèglement climatique et l’accroissement des inégalités est déjà une réalité tangible pour des millions d’êtres humains à travers la planète. Les différents effets du changement climatique touchent de manière disproportionnée les moins riches et tout porte à croire que cette tendance s’accentuera dans les prochaines années.

Dans des pays en développement, des phénomènes météorologiques tels que la sécheresse et l’inondation de zones occasionnent la destruction de terres arables et la perte de revenus dans le secteur agricole, poussant ainsi les agriculteurs, principalement les hommes, à chercher des revenus dans les zones urbaines. Cette question n’est pas l’apanage des pays du Sud, comme en témoignent les difficultés rencontrées par le secteur agricole européen. Partout où les groupes industriels conduisent des projets d’envergure conduisant à la destruction des environnements naturels, que ce soient les bassins miniers en Alberta, au Canada ou les plantations de culture intensive de palmiers en Indonésie, les populations locales se voient privées de ressources nécessaires à leur mode de vie et à leurs activités telles que la pêche, le tourisme ou la culture de variétés locales. Ironie du sort, ces populations sont parfois contraints de travailler au sein même des entreprises responsables de la destruction de leur écosystème, faute d’emploi disponible dans la région. En Amérique du Sud, au Brésil et en Bolivie par exemple, la déforestation résultant des activités de l’agro-business conduisent à de vives tensions entre le gouvernement et les centaines d’ethnies indiennes qui dépendent de ses ressources naturelles.

Dans les prochaines décennies, tout porte ainsi à croire qu’on observera une convergence croissante entre les effets du réchauffement climatique et le creusement d’inégalités sous toutes ses formes, qu’elles soit ethniques, territoriales, ou liées au genre, les femmes étant plus vulnérables à ces externalités négatives.

De l’autre côté de l’échelle de revenus, les personnes les plus riches disposent des moyens suffisants et déploient des stratégies pour faire face aux effets néfastes du réchauffement climatique. Dans son ouvrage Tout peut changer[1], la journaliste canadienne Naomi Klein cite le cas des services privés de pompiers déployés par les particuliers les plus aisés lors des incendies en Californie. D’autres secteurs, à l’instar des compagnies d’assurance, ont parfaitement compris l’opportunité que représentait ce nouveau marché d’individus riches soucieux de se protéger des aléas climatiques.

On semble ainsi se diriger vers des sociétés à deux vitesses, l’une disposant de moyens de survivre face aux conséquences du dérèglement, l’autre condamnée à en subir les effets dramatiques.

Quelle action face à l’aggravation de ces inégalités ? Force est de constater une certaine inertie, y compris de la part des gouvernements de gauche. Ces derniers manquent d’une vision d’ensemble, qui permettrait d’intégrer aux objectifs des politiques climatiques la réduction structurelle des inégalités. Les travaux de l’économiste Thomas Piketty le démontrent : pour réduire les inégalités, la question centrale reste celle du partage de la propriété, politique fiscale et de la réallocation. Une politique fiscale axée sur la taxation des revenus les plus élevés permettraient le financement de politiques au service d’économies plus justes… et plus vertes, telles que le développement des services publics, notamment les transports en communs, la rénovation d’infrastructures défaillantes ou la reconversion professionnelle vers des métiers de l’économie verte.

Reste à voir si le nouvel élan généré par les récentes promesses de la diplomatie climatique et l’annonce de fonds conséquents s’accompagnera d’une allocation pertinente de ces ressources au bénéfice d’une plus grande justice climatique et sociale.

[1] Tout peut changer, Éditions Actes Sud, 2016

 

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This entry was posted on 30/04/2021 by in Opinions, Uncategorized.

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